Ce n’est pas tout

Victoire, donc.

Politiquement, c’était un succès inimaginable. Une révolution globale sans faire couler le sang. Et les auteurs de l’attentat étaient derrière les barreaux, sans doute aussi grâce à notre petite enquête. Au courage d’Isabel. Fini.

La quiétude n’emplissait pas mon esprit pour autant. C’était une intuition. Il me semblait que les humanistes avaient menti sur un point. J’avais suivi le mouvement, j’avais eu cette foi en Dyhia. Nous étions en voie de changer le monde, il fallait adhérer. Maintenant que nous avions réussi, quelque chose n’allait pas. Pourtant, je ne pouvais pas me distancier, pas abandonner alors que nous étions enfin en train de cueillir les fruits de notre travail. Alors qu’il nous restait tant à faire.

Pas assez, d’après beaucoup de personnes. Nous n’avons pas aboli la propriété, pas effacé les genres. Les frontières et les nations sont toujours là. Il est vrai que notre révolution était assez libérale finalement. On l’a d’ailleurs taxée de conservatrice sur certains aspects. Pleine de compromis avec l’ordre violent du monde, en tout cas. Parce que nous croyions que les changements brutaux, même légitimes, que la peur aussi, ne pouvaient que conduire à des bains de sang. Que la prise du pouvoir ne faisait pas disparaître le pouvoir.

Ces critiques sont censées. Mais n’oublions pas le monde d’avant. L’impasse. Le Mouvement humaniste n’a pas bâti une utopie. Il a peut-être évité un cauchemar. Désormais il est à nouveau permis de rêver. De tout casser. Les rebelles d’aujourd’hui s’en chargeront. Ce ne sera pas facile de convaincre la majorité de prendre des risques. Je souhaite qu’ils prennent garde, en faisant tout sauter, à ne pas céder à la violence, à ne pas bousculer la confiance avec trop de vigueur. À ne pas considérer, comme la génération de mes parents, que les ennemis de vos ennemis sont leurs amis. Ni que leurs ennemis sont des monstres. Ils sont nés dans un monde meilleur que le mien et ils ont les moyens de l’améliorer davantage. Qu’ils le fassent avec discernement. Je souhaite que ce témoignage puisse leur être utile.

Il me reste encore quelque chose à dire.

Le Mouvement humaniste est un mouvement humain avant tout, il est par essence imparfait. Je m’y suis engagé pleinement, j’y ai lié ma vie. J’y ai cru et j’y crois toujours. Ces principes, je les ai faits miens. Pourtant, malgré la vérité de leur message, les humanistes ont délibérément menti à la face du monde.

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