Écoles

Mes six semaines de tronc commun accomplies, j’ai été affecté à des missions de soutien scolaire. Une part de mon mandat consistait à assister l’enseignant pendant ses cours, mais le plus intéressant c’était les appuis à des petits groupes de tous niveaux confondus.

Avant cela, j’ai hésité un moment à m’engager dans l’armée, guidé par un mélange de curiosité et de citoyenneté humaniste. C’est que, pour nombre d’entre nous, la participation à la sécurité collective était à la fois une question de cohérence morale et une façon de lutter contre la violence sarguiste. Si l’on acceptait d’être protégé par les lois de l’État, on devait en effet être prêt à contribuer à l’ordre public. D’autre part, il nous semblait important de désenclaver les forces de l’ordre. Plus leurs membres étaient socialement éclectiques et moins l’on risquait de coups de force sarguistes. S’engager comme soldat ou policier était ainsi devenu tendance parmi les humanistes, c’était une façon de désarguifier les appareils répressifs. Non seulement cela avait peu à peu contribué à leur évolution, mais les réformes chambordiennes avaient imposé de faire davantage appel aux compétences des soldats qu’à l’autoritarisme. Mais je ne suis pas allé au bout de cette idée. Je n’avais jamais été un bon militaire, je n’avais jamais su bien tirer, j’étais bien plus utile à la collectivité en tant que pédagogue, ce qui ne signifie pas que j’excellais en ce domaine.

C’est que le travail était loin d’être simple, malgré ma longue expérience aux Koalas. On ne réalise pas aujourd’hui à quel point l’école d’avant pouvait briser des personnes. À l’époque, la plupart des adultes qui avaient « réussi » l’ignoraient complètement ou ne souhaitaient pas le voir.

Ces blessures n’apparaissaient pas immédiatement lors de notre première rencontre avec les enfants dans une salle proche de l’école. On faisait en sorte que les lieux soient accueillants, un goûter de pain au levain et de sirop artisanal, on parlait de tout et de rien, on se présentait par nos prénoms. Ensuite, on enlevait la nappe à carreaux cirée pour transformer la table en une place dédiée au travail. Le premier rendez-vous était l’occasion pour les enfants de réinventer leur propre légende scolaire. Amir m’avait immédiatement déclaré qu’il était à l’aise partout. En même temps, il m’annonçait être prêt à s’investir totalement dans le travail. Il disait oui à tout, me proposait des bonbons avec révérence. Un élève modèle.

Khadija, quant à elle, souhaitait faire des exercices de français. Alors qu’elle souffrait de dyscalculie. Ou d’histoire, ou de géo, ou d’allemand, pas de maths. C’est que son retard n’était pas si dramatique et d’ailleurs qu’elle n’arriverait jamais à le rattraper, elle joignait patiemment ses mains pour me le faire comprendre. C’était à la fois peine perdue et un détail selon elle.

La profondeur des blessures ne se révélait vraiment que lors du franchissement des premiers obstacles. Une erreur lors d’un exercice ou une explication pas comprise. L’insuccès devenait échec et frappait alors des cicatrices encore fraîches. Le destin, qui les avait voulus nuls et anormaux était de retour et les humiliait une fois de plus, devant de nouvelles personnes. Chacun avait sa propre façon de résister. Khadija, d’une politesse extrême, m’expliquait avec hauteur et pincettes que ma méthode était totalement inadaptée, tandis qu’Amir se réfugiait dans un puissant mutisme. Ses petites épaules trapues complètement refermées, le front face au sol. Plus un mot.

Leurs difficultés ne venaient pourtant pas de nulle part. Une confusion de facteurs. Biologiques, la dyscalculie ou les troubles de l’attention, sociaux, la famille qui souhaitait agir, mais n’en avait pas les moyens, ni la langue, ni la culture qu’il fallait, ni l’argent. C’était compliqué, mais pas inéluctable. Les vrais obstacles, ceux qui sabotaient le changement, c’étaient surtout la honte et le désespoir. Et ceux-là venaient du système scolaire compétitif.

On pouvait faire beaucoup, une fois que l’on avait identifié ces problèmes. Pas de miracles, mais beaucoup quand même. L’ingrédient c’était la confiance. En nous et en eux. Nous, on devait leur jurer que l’on croyait en eux et que jamais on ne les jugerait. Pas par les mots, par le regard, on jurait.

Une fois établie, cette relation de confiance permettait, peu à peu, calcul élémentaire après calcul élémentaire, lettre après lettre, de leur redonner ensuite foi en eux-mêmes. Leur montrer ce qu’ils savaient faire, saluer leur progression, interdire la comparaison. C’était un chemin irrégulier et nous avons parfois eu l’impression de reculer, de faire fausse route. Des problèmes familiaux, un épisode de maladie, une déprime, une histoire de racket ou un prof qui les prenait en grippe, un nouveau chapitre particulièrement difficile, et le découragement les gagnait à nouveau. C’était à nous de croire en eux et de le rappeler à chaque instant. Souvent malgré eux et jusqu’à ce qu’ils finissent, non pas par le croire, mais par le savoir.

Nous n’étions pas des intervenants miraculeux ni méritants. On avait une méthode et elle était simple : faire le bilan de ce qui était acquis, diagnostiquer les étapes essentielles qui ne l’étaient pas. Et reconstruire peu à peu. Il fallait juste rester convaincu de leur volonté fondamentale de bien faire. Si l’on savait voir cela, c’étaient eux qui nous donnaient les raisons d’y croire. Nous, nous n’étions que les miroirs de leur immense potentiel. Alors on bossait, ensemble.

C’est complètement crétin de penser qu’un enfant peut s’en foutre de réussir. Beaucoup n’ont aucun intérêt pour la matière. Mais réussir, mais bien faire, s’intégrer, tous le veulent. Le rejet de l’école, l’indifférence affectée, c’est un réflexe de survie face à un échec humiliant. Préserver au minimum son image.

J’appréciais vraiment ce boulot. Eux rechignaient souvent, mais je crois qu’ils les aimaient aussi, ces moments privilégiés où l’on se concentrait davantage sur ce qu’ils pouvaient faire que sur leurs limites. C’étaient des instants de bienveillance complice, même lorsque l’on se taisait. Des lucarnes de respiration où ils pouvaient échapper à la violence du système pour un temps.

Quand cela fonctionnait. Car nombreux ont été mes échecs, comme la fois où Kim a demandé à changer d’accompagnant. Dans le fond, elle aussi elle voulait réussir. Ma personnalité qui ne lui convenait pas. « Il est pas clair », c’est ce qu’elle avait dit de moi. Sur le moment, affectant un intouchable professionnalisme, j’avais été peiné. Maintenant, je crois que je comprends mieux. Apparemment peu autoritaire, souvent stoïque, j’étais en même temps exigeant au niveau de la matière. Un semi-intello dans sa bulle. Elle avait besoin de plus de cadre et je n’étais pas bon en cela. J’avais déjà du mal à m’en imposer un moi-même. On lui a trouvé quelqu’un d’autre et j’ai regretté que Severino ne soit pas lui-même accompagnant. Il aurait été parfait.

Ce qui a fait le succès de notre accompagnement particulier, c’est que l’école aussi était en voie de changements. Il y avait urgence à diminuer, de façon générale, la compétitivité et la violence scolaires, c’était la condition principale pour obtenir des résultats. Et cela s’est fait. Pas seulement en France, mais dans la plupart des pays européens, chacun à son rythme et avec des calendriers différents.

Il s’agissait avant tout de réaffirmer la priorité du système. Non, le but n’était pas de sélectionner les meilleurs, ni de laisser uniquement les plus méritants des classes défavorisées prendre l’ascenseur social. Le but n’était pas non plus de donner un papier vide de sens à des cohortes entières de cancres. L’objectif était de développer toutes sortes de savoirs et compétences pour permettre à chacune et chacun de s’épanouir, de participer à la vie civile, politique et professionnelle, d’atteindre un niveau d’excellence dans un domaine particulier. Cette démarche aurait pu passer pour une déclaration d’intention candide, si elle n’avait été accompagnée de mesures concrètes. Et de l’adhésion de millions d’enseignants, fonctionnaires et parents, convaincus par les principes humanistes.

On voulait le changement et il fallait le mettre en œuvre. C’était un chantier énorme qui devait être mené en évitant le chaos des révolutions. On ne pouvait plus prendre les élèves en otages de nos rêves de progrès. La réforme devait ainsi trouver un équilibre entre des nouvelles pratiques adaptées aux sciences de l’éducation et les besoins légitimes des élèves. Aucune brillante idée n’était mise en place si elle risquait de désécuriser ou égarer les enfants. On avait assez vu d’apprentis sorciers bousiller des parcours scolaires au nom de principes théoriquement justes.

Le changement pédagogique majeur, c’était l’abandon de la compétition scolaire. Finies, ces conneries de classements, ce qui importait, c’était d’atteindre les objectifs, pas de dépasser les autres. La coopération était désormais une discipline fondamentale. Je dis bien la coopération, pas la soumission, pas la dépendance. La capacité à travailler avec d’autres pour réaliser des buts communs, ou pour atteindre ses propres objectifs en tenant compte des aspirations des autres. Les défis personnels n’en étaient pas moins importants. Car les objectifs étaient élevés, il fallait se battre pour y arriver. Mais pas contre ses camarades, contre soi-même. Et avec le soutien du prof. Comme l’ascension d’un col : le but était d’y arriver, pas d’y être avant les autres. Le rôle du guide était que tout le monde l’atteigne, dans un esprit d’entraide. Ces valeurs, il ne suffisait pas de les proclamer, il fallait les faire appliquer au quotidien. Un enseignant devait valoriser chaque élève, lui donner confiance en lui, pour éviter qu’il ne cherche la reconnaissance en battant ses pairs. Quant aux tendances naturelles à se mesurer, elles n’étaient pas étouffées pour autant. Des jeux permettaient de se tester, de se comparer. Mais la valeur d’un enfant n’était jamais déterminée par ses succès.

Pourquoi insister autant sur la coopération ? Pas seulement pas principe moral, mais aussi par utilitarisme. Ces gamins allaient vivre dans un monde différent du nôtre et nous n’en connaissions pas les contours avec certitude. On devait ainsi les préparer à une réalité que nous estimions probable, en évitant de nous y limiter avec rigidité. Car il était déjà certain que les défis à venir n’étaient pas exactement ceux que nous attendions. En tous les cas, savoir coopérer et gérer les conflits du vivre-ensemble seraient des compétences nécessaires pour s’adapter au monde futur.

Mais les principes les plus nobles ne sont rien sans les moyens de les mettre en pratique. Cela demandait des décisions politiques concrètes et courageuses. Appliquer ce que la sociologie et les sciences de l’éducation nous avaient appris depuis des décennies, comme l’importance de l’école primaire dans la vie d’un individu. On a alors enfin valorisé la fonction d’enseignant primaire. Ainsi, dans la plupart des États, le salaire de cette catégorie de profs a été augmenté, en même temps que les exigences. Les institutrices et instituteurs devaient désormais non seulement avoir suivi le cursus pédagogique classique, mais aussi disposer d’un niveau de culture générale élevé (de type universitaire) et bénéficier d’une formation poussée en sciences humaines (notamment en psychologie sociale et en sociologie), tout en étant rompus aux situations conflictuelles. Bref, autant des intellos conscients de tous les enjeux que des personnes de terrain. Des spécialistes chargés d’une mission essentielle et payés en conséquence. C’est comme cela que l’on a avancé vers l’égalité, pas en changeant les méthodes tous les deux ans. Auparavant, il y avait naturellement déjà d’excellents profs d’école primaire, qui croyaient au potentiel de chacun de leurs élèves et débordaient de créativité à cet effet, des pionniers. Mais c’étaient leurs qualités personnelles qui faisaient leur qualité d’enseignants, pas les exigences institutionnelles.

Autre condition impérative à un système scolaire efficient : diminuer le nombre d’élèves par classes. Ainsi, en quelques années de réforme, il est devenu anormal de trouver des effectifs supérieurs à 12 enfants dans les classes primaires, de plus de 15 dans le secondaire ou de plus de 20 dans les lycées. Cela a radicalement diminué les inégalités et l’exclusion scolaire. Dans un tel contexte, on peut vraiment travailler sur les compétences sociales des élèves et les différences de niveau ne posent plus de problème, puisque, encadrés par l’enseignant, ceux qui ont plus de facilité dans un domaine soutiennent leurs camarades. C’est d’autant plus efficace que le système est moins axé sur la compétition et que de nombreux assistants, comme moi, ont été mis à disposition par les services nationaux. Chacun peut ainsi progresser plus librement et les lacunes sont directement comblées lors des séances spéciales d’appui (ou de travail individuel de renforcement).

Ensuite, la mixité sociale et culturelle a été favorisée de toutes les façons possibles, notamment par l’instauration du collège unique dans les pays ségrégationnistes tels que la Suisse. Chambord, lui, s’est malheureusement réfugié dans les principes républicains de façade et a tardé à mettre en place une réforme totale de la carte scolaire. C’était politiquement délicat. Il n’empêche que sa lenteur à agir, il l’a fait payer à des milliers de gamins qui sont restés dans des écoles à mauvaise réputation. Dyhia n’avait pas manqué de lui en faire publiquement le reproche, tout en saluant les grandes lignes de sa démarche.

La mixité c’est nécessaire et c’est loin d’être simple. Il ne suffit pas de mettre ensemble des personnes différentes pour faire de l’intégration. C’est tout un travail, cela demande l’instauration d’un climat de confiance, des travaux coopératifs, la possibilité d’encadrer les conflits. Elle est difficile à établir en raison de toutes les dispositions clanistes qui animent les êtres humains. Pourtant c’est un élément essentiel pour qu’une collectivité démocratique fonctionne. Car c’est par la confrontation, voire parfois le conflit exprimé, que les groupes peuvent régler ensemble les problèmes communs. Avec un cadre adapté, la mixité bénéficiait également aux élèves de milieux favorisés qui pouvaient partager leurs savoirs scolaires acquis à la maison, tout en développant des compétences sociales.

Toutes ces mesures ont sérieusement diminué les différences de niveau entre élèves. Mais cela n’a pas eu pour effet d’augmenter le nombre d’universitaires, au contraire. La mixité n’empêchait pas la spécialisation, d’autant plus que la plupart des États ont adopté des systèmes avec un tronc commun et des heures d’option, qui pouvaient être consacrées à une diversification de l’enseignement, à un renforcement ou à du rattrapage des basiques. Ainsi, pour pouvoir envisager un apprentissage manuel, il fallait un niveau d’excellence dans les domaines concernés, sinon on envoyait beaucoup trop de gamins au coupe-doigts. De la même façon, avant de se lancer dans une filière de lycée spécialisée en mathématiques, un élève avait préalablement fait ses preuves dans des branches plus scolaires.

Cela nous amène au point suivant, la valorisation de l’apprentissage. Alors que certaines universités ressemblaient de plus en plus à des boîtes à précarité, à espoirs déçus, il y avait urgence à réhabiliter la formation professionnelle. Cela offrait de bonnes perspectives d’emploi et le fait de travailler concrètement motivait beaucoup de jeunes, qui, malgré les réformes, ne s’étaient pas mis à aimer l’école. Si elle était parfois difficile à vivre pour eux, l’entrée précoce dans le monde professionnel responsabilisait les gamins, facilitait leur intégration dans la société. Pour revaloriser cette filière, hélas mal connotée, il a fallu créer davantage de places, contrôler la qualité des formateurs, changer l’image de l’apprentissage par le biais d’un marketing soigné et, surtout, en instaurant des passerelles vers des écoles prestigieuses. Ces dernières se sont ainsi mises à préférer les candidatures au profil à la fois académique et professionnel aux jeunes premiers frais émoulus des parcours élitistes classiques.

Bien sûr, de telles réformes ont coûté cher. Chambord a rencontré de graves problèmes de financement qui auraient pu être fatals au projet d’une société plus humaniste. Toutefois, si l’on prenait en considération le bilan des coûts et bénéfices pour la collectivité, l’investissement était rentable. L’école est à la fois devenue plus exigeante et plus inclusive. Plus efficace. De même, la revalorisation de l’apprentissage a permis de créer des emplois tout en redonnant l’espoir scolaire à de nombreux jeunes. L’ensemble des mesures, évidemment onéreuses, a parallèlement diminué les énormes coûts liés à l’échec scolaire : chômage des exclus comme des surdiplômés, délinquance, atteintes à la santé des élèves et des enseignants. Restait le problème suivant : comment financer maintenant une politique qui sera économiquement rentable à long terme ?

L’implémentation de ces politiques n’a pas été simple. Les États qui ont tenté de tout transformer du jour au lendemain ont échoué. Même la plus révolutionnaire des réformes s’appuie sur l’expérience des personnes censées la mettre en œuvre et ces dernières doivent elles-mêmes se faire convaincre, apprendre, essayer, rater, persévérer, s’adopter, dialoguer, salir de réalités la théorie immaculée. Il n’y a pas de changement sans souplesse ni adaptation à ce qui est possible. Il a alors fallu faire les choses doucement pour qu’elles réussissent, donner les moyens avant d’exiger des résultats, accompagner, faire avec les limites et les potentiels de chacun, rendre le pouvoir aux acteurs et contrôler sans standardiser.

D’autant plus que les résistances d’ordre clanique ont été nombreuses, de la part d’enseignants qui craignaient pour leur confort, leur statut, des parents des classes supérieures qui avaient peur que leurs enfants soient contaminés par ceux des pauvres. Les pays qui ont le mieux réalisé leurs réformes scolaires ont commencé par diminuer les effectifs et proposer de nouvelles voies de formations (mieux payées) à la relève, tout en ouvrant des formations continues peu coûteuses pour les vieux instituteurs qui souhaitaient changer de classe salariale. La demande de transformation du système est ensuite venue des acteurs eux-mêmes, car les moyens qui leur étaient alloués leur donnaient envie de faire plus, de faire mieux.

De la même façon que l’introduction de l’école obligatoire au 19e siècle n’a pas réglé tous les problèmes de la société, ces réformes humanistes n’ont pas fait de miracles. Mais elles ont tout de même eu un impact phénoménal sur de nombreuses vies et sur la démocratie. Elles ont contribué à la confiance sociale et ont rendu l’espoir à de tellement d’enfants. Je crois que je n’oublierai jamais le sourire de Khadija quand elle a obtenu la note maximale en mathématiques. Ça, c’est incalculable.

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