I hate these guys

–      Écoutez, c’était sympa ces histoires de contre-enquête, mais là j’ai plus urgent.

Severino était fuyant. Littéralement. Un trousseau de clés à la main, le regard ailleurs, il se glissait dans l’enfilement de couloirs et d’escaliers du commissariat, tandis que j’essayais de le convaincre de m’écouter quelques instants. Derrière son dédain apparent, une forte vexation. J’imagine que son appel enthousiaste à des responsables d’Interpol avait soulevé quelques moqueries au sein des milieux policiers lausannois.

–      Non, mais j’ai vraiment trouvé un élément essentiel et j’ai besoin de revoir la photo que nous avions agrandie.

–      Et moi je dois assurer la sécurité dans le quartier, je dois protéger mon poste contre des attaques probables et je dois aussi veiller à ne pas me faire casser la gueule.

–      Et si je promets de vous aider, vous m’accordez cinq minutes ?

–      Je vous donne cinq secondes.

–      Commissaire, je sais qui est derrière l’attentat…

Il m’a regardé d’un air légèrement intrigué. J’ai profité de mon effet pour le fixer solennellement. Je devais l’accrocher. En peu de mots.

–      Commissaire… c’est les nazis.

Il m’a brusquement tourné le dos, me renvoyant ainsi un reflet du ridicule de mes propos. J’ai carrément dû le poursuivre dans les escaliers.

–      Je sais que ça vous paraît exagéré, mais j’ai de nouveaux éléments vraiment intéressants. Et ça ne concerne pas que l’attentat de New York, c’est un mouvement international qui menace aussi nos jeunes, ici, aux Koalas.

Son regard. D’habitude, c’était plutôt lui qui passait pour un imbécile, c’était très vexant.

–      Vous voulez dire qu’il y a un complot nazi mondial qui vise à conquérir le petit quartier multiculturel des Koalas en Suisse ?

J’avais au moins réussi à l’amuser. Il m’écoutait.

–      Ce groupe ne vise pas les Koalas en particulier, mais il cartonne auprès des jeunes de toutes origines. Il existe vraisemblablement une bande d’allumés bien organisée qui répand dans les réseaux sociaux une théorie conspirationniste anti-Dyhia. Ça marche aussi bien dans les banlieues que dans les campagnes. Et leur idéologie est directement inspirée par le national-socialisme, sauf qu’elle n’utilise pas les mêmes termes.

–      Quel rapport avec l’attentat ? Ce ne sont sans doute pas les seuls à ne pas aimer Dyhia.

–      Prenons un peu de recul, inspecteur. Jusqu’ici nous avons trois « suspects ». D’abord, le gars qui s’est fait sauter, surnommé depuis peu Abu Massacre, soi-disant un islamiste, qui s’appelle en réalité Douglas Taylor, passionné d’armes, et qui a flirté un temps avec le suprémacisme blanc avant d’obliquer vers le martyre au nom de Dieu. Bon. Ensuite, on a le mec qui a sorti son flingue et qui a été relâché. Lui, il appartient clairement à l’extrême droite américaine. Laissez-moi voir le troisième type de plus près.

Je crois qu’en fait il était content de se changer un peu les idées. Il affectait un air ronchon, mais je sentais qu’il commençait aussi à s’emballer. L’avantage des types comme Severino, c’est que les traits de leurs visages sont incapables de tricher une seule seconde. Lorsqu’il a zoomé sur l’image en question, une tache noire ultra-pixellisée est apparue sur le mollet du terroriste. Un tatouage. Il était très difficile à discerner, cependant on lui devinait une forme régulière et des contours anguleux. La figure du commissaire s’est illuminée.

–      Nom de Dieu, a-t-il dit…

Les nazis.

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