Les crises

Extrait d’une interview radiophonique de Dyhia Mostar, 28 janvier 20XX.

Le journaliste: Dyhia Mostar, avec votre mouvement, vous prétendez pouvoir sauver l’humanité des cinq grandes crises qui l’agitent. Pouvez-vous nous expliquer comment ?

Dyhia: Voilà une franche façon de commencer l’interview ! [rires] J’aimerais commencer par mettre les choses au clair. Premièrement, je fais partie du Mouvement humaniste, qui n’est pas mon mouvement et qui n’est pas une institution. De la même façon que la pop music n’appartenait ni aux Beatles, ni à Michael Jackson, pas même à Ariana Grande, si j’ose me permettre la comparaison, bien sûr. [rires]

Deuxièmement, nous ne prétendons pas sauver le monde. La mouvance dont je suis issue cherche simplement à rappeler des grands principes qui ont bénéficié à l’humanité et qui pourraient simplifier la tâche des innombrables personnes qui, ensemble, doivent et vont résoudre les cinq crises.

Le journaliste: D’accord, d’accord. Venons-en aux faits, Dyhia Mostar : comment va-t-on sortir des cinq crises ? Et quelles sont-elles tout d’abord, ces cinq crises ?

Dyhia: On pourrait passer des jours à parler de chacune d’entre elles, mais vous avez raison, soyons brefs.

La première crise, économique et financière, est peut-être celle qui inquiète le plus de monde. Dans les médias, elle prend forme sous les termes de krachs boursiers, faillites, délocalisations, dépeuplement de régions entières, diminution de la qualité de vie, chômage endémique, pauvreté, impossible financement des politiques publiques, etc. Vous voyez donc que je ne réduis pas la « crise » à une récession momentanée, j’inclus également les dysfonctionnements de l’économie qui ont tendance à empirer.

D’après moi, mais ce n’est pas l’avis de tous les humanistes, il s’agit d’un problème de répartition des ressources d’une part, et, d’autre part, d’une inégalité des moyens pour répartir ces ressources, c’est-à-dire les capitaux, les monnaies et le travail.

En effet, l’absurdité de la situation est criante : il est souvent plus facile d’obtenir un écran hi-tech qu’un rendez-vous chez le médecin et la plupart des gens qui n’ont pas accès à une alimentation saine disposent d’un téléphone portable. Certains salaires ne permettent pas de vivre, tandis que les revenus des plus riches sont seulement saisissables par les mathématiques — pas par l’esprit. Le chômage de masse côtoie les épidémies de burnout. Des entreprises ferment avant de faire des pertes parce que le capital peut mieux rapporter ailleurs. Ce n’est donc pas que l’on manque de ressources pour répondre aux besoins fondamentaux de l’humanité, c’est que les ressources sont mal affectées ! La clé de résolution de cette crise doit ainsi être cherchée dans la façon de répartir les ressources. Nous y reviendrons, je pense.

Le journaliste: Donc la première crise est économique. Les suivantes ?

Dyhia: Ensuite vient la crise écologique. Nos activités de tout ordre nécessitent la destruction de plus de ressources naturelles que ce que la planète est en mesure de renouveler. Qu’il s’agisse de l’absorption de gaz à effet de serre par l’atmosphère, d’air, d’eau, de sols ou de forêts, nous allons vers une raréfaction de ce qui permet aux êtres humains de vivre. Cela génère des catastrophes naturelles, des guerres pour les ressources et les migrations qui en sont conséquentes.

Troisième défi, justement la crise migratoire. J’ai tant à dire là-dessus…

Le journaliste: N’en partagez que l’essentiel, je vous prie…

Dyhia: [rires] J’essaierai. Donc la crise migratoire. Faut-il parler des migrations en termes de problèmes ? Je crois que oui, hélas. Dans le contexte actuel, il y a d’abord tous les drames dont les personnes migrantes sont victimes au cours de leur périple, noyades, esclavage, racket, viols, mort de froid et malheureusement j’en passe. C’est une urgence humanitaire.

Ensuite, les migrations sont par définition le reflet de problèmes importants, de guerre, de répression ou de pauvreté. On ne quitte pas sa famille, on ne prend pas de tels risques par simple caprice. Qu’il s’agisse de réfugiés politiques, de gens qui fuient des zones de guerre ou qui essaient seulement d’améliorer leur ordinaire économique, tous ont en commun une situation pénible qu’ils tentent de changer au prix d’un départ coûteux.

Enfin, il y a le problème politique autour de cette question des migrations. Des groupes sarguistes identitaires se nourrissent des préoccupations d’une partie de la population pour se porter au pouvoir, segmenter les sociétés et menacer les fondements de la démocratie en Europe et aux États-Unis. Ces personnes basent leur propagande sur le mensonge, la manipulation et le refus des règles élémentaires de la logique. En face, les acteurs de gauche ou d’une droite libérale et démocratique, résistent furieusement. Peut-être trop furieusement. Pour ne pas céder d’un pouce à la mauvaise foi et par réflexe clanique, ils ont tendance à nier ou à savamment relativiser les abus que dénoncent les partis identitaires. Alors que ces abus existent et qu’il est possible d’y répondre de façon humaine, tout en rejetant l’argumentaire xénophobe. Résultat, les partis xénophobes gagnent du terrain et les solutions qu’ils proposent ont des conséquences lamentables, aussi bien du point de vue des droits humains et de l’intégration, que de la sécurité publique.

Le journaliste: Oui, donc crise économique, crise écologique, crise migratoire. Ensuite ?

Dyhia: Ensuite, il y a les deux crises que je qualifie d’anomiques. Elles se caractérisent par la confusion, la peur, l’égoïsme, l’urgence, le désordre, la haine et la paralysie de tout ce qui pourrait servir à résoudre les problèmes.

Le journaliste: Tout ça ? Vous êtes un oiseau de mauvais augure, Dyhia Mostar…

Dyhia: [rires] Au contraire, les humanistes espèrent donner leur touche à la grande œuvre de résolution de ces problèmes. Car nous croyons qu’ils sont graves, mais pas insolubles.

Ces deux crises d’anomie, donc, la crise de confiance au sein des sociétés démocratiques et celle qui touche les relations internationales se rejoignent en tant que crises de confiance, en l’autre et dans les institutions qui permettent de vivre ensemble. Ce sont des sortes de maladies du système immunitaire, si j’ose dire. [rires]

La crise de confiance de nos sociétés, c’est la défiance totale à l’égard de l’autre, du voisin et des institutions démocratiques collectives. Les causes en sont multiples, mais on peut dire que la démocratie est directement menacée par deux mouvements sarguistes, qui sont des symptômes aggravants de cette crise : le néolibéralisme, qui cherche à privatiser toutes les institutions démocratiques et les partis identitaires qui sèment la haine et la division.

Le journaliste: Vous dites cela comme si c’était évident. En quoi le néolibéralisme et l’identitarisme menacent-ils les démocraties ?

Dyhia: Parce que, ensemble ou séparément, ils s’attaquent à la confiance sociale, à toutes les institutions de coopération, au système éducatif démocratique, à la responsabilité des citoyens (c’est toujours la faute de « l’autre ») et qu’ils nient les valeurs humanistes en proclamant la loi du plus fort et le chacun pour soi.

Le journaliste: Donc, pour sauver nos sociétés démocratiques de la crise de confiance qu’elles vivent vous proposez de combattre les identitaristes et les néolibéraux, deux facettes du sarguisme ?

Dyhia: Surtout pas ! Le sarguisme, l’identitarisme, le clanisme, ce sont des comportements dangereux qui peuvent toucher n’importe qui, en premier lieu nous-mêmes. Nous ne combattons pas des personnes, mais des comportements.

Nous devons impérativement redonner un esprit démocratique à nos institutions, à nos sociétés et à nous-mêmes. Il faut retrouver la confiance, cesser nos divisions claniques, aller à la rencontre des personnes qui ne pensent pas comme nous, reconstruire ensemble la chose commune.

Le journaliste: C’est très joli. Parlez-nous enfin de la dernière crise…

Dyhia: C’est le même principe d’anomie, mais au niveau global, il s’agit de la crise de confiance internationale. Ce ne sont pas seulement les sociétés qui s’embourbent dans un désordre dans lequel les lois, les normes, les valeurs perdent leur sens. La société internationale, elle aussi, est malade et incapable de se soigner. Incapable de coopérer.

Le journaliste: [rires] Sauf votre respect, Dyhia Mostar, ce n’est pas nouveau…

Dyhia: Ce n’est pas parce qu’une situation est ancienne qu’elle est pour autant supportable. Ce qui est nouveau, par contre, ou plutôt ce qui devient de plus en plus important, c’est l’interdépendance. Nous, les nations, les gens, les classes sociales, les productrices, les consommateurs, formons un même système de par le monde. Il est très contrasté, avec ses centres, ses banlieues, ses coins obscurs, ses déserts, ses obèses et ses faméliques, il forme néanmoins un ensemble, un tout. On a beau résister à cette idée, s’enfermer dans nos identités, c’est un fait.

En effet, l’actualité internationale est dramatique et ce n’est pas nouveau. Mais regardons de plus près ces guerres incessantes, ces inégalités effrayantes, cette rhétorique de guerre civilisationnelle, cette ambiance de retour de guerre froide. Tous ces problèmes se nourrissent les uns les autres. Les inégalités entre régions du monde sont entretenues par les conflits, une realpolitik digne du temps des Blocs paralyse la recherche de solutions sensées, le discours du Choc des civilisations justifie les guerres et les attentats. Dans les pays riches, on a peur de toute cette pauvreté, de cette violence, des réfugiés, comme si l’on craignait d’être aussi atteints par le mal.

Comme je l’ai dit, les nations, interdépendantes, sont coresponsables de ces problèmes. Il en va de même en ce qui concerne les solutions. Pour résoudre les défis écologiques et économiques, pour résorber les déséquilibres qui mettent tant de personnes sur les routes. Impossible de lutter contre la crise environnementale, de parer à la menace écologique et de donner une réponse humaine aux phénomènes migratoires sans un minimum de coordination. Désormais, nous ne formons plus qu’un seul corps, atteint de la même maladie immunitaire, que nous sommes incapables de soigner ensemble.

Le journaliste: Il y a pourtant des institutions internationales qui sont censées réguler ce genre de problèmes…

Dyhia: Elles sont absolument nécessaires, mais ne suffisent pas. Même si elles offrent un espace de discussion et affirment, en surface, l’égalité fondamentale des personnes, l’existence de valeurs universelles, aucune ne parvient à imposer, de façon durable et systématique, un ordre international cohérent et le respect des droits humains. Leurs moyens sont rudimentaires, elles dépendent de la bonne volonté de leurs membres et leurs décisions sont rarement souveraines.

C’est qu’elles sont aussi viciées dans leurs fondements : nées des nouveaux rapports de force qui ont émergé au terme de la Deuxième Guerre mondiale, elles portent, comme maladie congénitale, la domination de fait des grandes puissances.

Le journaliste: Vous voulez parler par exemple du Conseil de sécurité de l’ONU qui a plus de pouvoir que son Assemblée générale ?

Dyhia: Par exemple. Ces puissances, unies ou divisées, interprètent souvent le droit international de façon unilatérale, ce qui complique les conflits. C’est le cas du conflit israélo-palestinien, des guerres en Irak et de la guerre en Syrie. Ce détournement quasi systématique des règles du jeu nourrit une absence totale de confiance, entre États et dans les moyens de résolutions de conflits. L’anomie génère l’anomie : ces injustices alimentent un ressentiment, voire de la haine, à l’égard des pays riches et, hélas, des valeurs universelles ainsi trahies.

Le journaliste: Par exemple ?

Dyhia: Rien ne peut justifier l’extrême violence aveugle du terrorisme dit « islamiste ». En même temps, si l’on se met à la place d’un enfant d’origine palestinienne vivant sous une dictature militaire (l’Égypte) soutenue par les pays riches, on comprend le peu de crédit qu’il peut accorder à notre discours sur les valeurs démocratiques. Si l’on ajoute à cela l’incapacité de l’ONU à faire appliquer les résolutions de son Conseil de sécurité en faveur du peuple palestinien, alors qu’elle a reconnu l’État d’Israël, on peut envisager que la notion de droit international le fasse rire. Enfin, lorsqu’il apprend que des enfants irakiens sont morts sous l’embargo ou plus tard sous les bombardements, comment peut-il ne pas ressentir une violente colère contre un système dans lequel les États-Unis et l’Europe sont hégémoniques ?

Quand on est soi-même fort, quand on est sûr de sa propre valeur et de son identité, on trouve le moyen de transformer la colère en quelque chose de constructif. Dans le cas contraire, on tombe plus facilement dans la haine aveugle.

Le journaliste: Si je résume fidèlement vos propos, Dyhia Mostar, l’humanité vit cinq crises : économique, écologique, migrations, crise de confiance dans les sociétés et crise de confiance internationale. C’est compliqué tout ça. Et vous prétendez détenir LA solution ?

Dyhia: Non. Je prétends que nous détenons toutes et tous LES solutions. Elles sont sous nos yeux, elles sont déjà connues, mais trop souvent ignorées.

Si l’on prend ces problèmes sous un autre angle, les choses se révèlent beaucoup plus simples. Notre mouvement n’a rien inventé, il souhaite seulement participer à l’effort collectif de communication pour exhumer ces solutions.

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