Mensonges

C’étaient donc eux. Les extrémistes de la Bible Belt et les colons de Cisjordanie. Sans doute soutenus par la multinationale Notis. C’était évident, comment avais-je pu en douter un seul instant ? Je m’étais fait avoir par les allégations de Severino sur les humanistes. Par son autorité charismatique de flic endurci.

Cependant, une sale impression continuait à me démanger chaque fois que je pensais à Khereidine. Notre dernière discussion avait renforcé mon malaise. Je ne l’avais d’ailleurs même pas appelé lorsque j’étais menacé de mort. Maintenant que la piste humaniste me semblait totalement écartée, je souhaitais tirer les choses au clair. Pourquoi m’avait-il caché l’article critique de Tahiri ? Se méfiait-il de moi ? Il ne pouvait pas en ignorer l’existence. Je voulais que la moustache de mon ami redevienne bienveillante, qu’elle perde sa connotation de duplicité. Je suis retourné dans son antre bazardeuse, boire un thé de plus et le questionner une fois de plus. Le stratus pesait sur la ville et l’appartement semblait plus poussiéreux que d’habitude.

–      Oui, fils, je ne t’ai pas tout dit.

Il avait une façon si solennelle de parler, par moments.

–      Je suis désolé de t’avoir caché des choses.

Il tenait sa clope au niveau de l’oreille entre ses interminables doigts.

–      Tu comprends, encore maintenant, je me sens obligé de la protéger. Il est évident que certaines critiques ont émergé au sein du mouvement à propos de la personnalisation de Dyhia. Elles étaient légitimes, comme tu le sais, et on les a entendues, bien sûr. Mais on avait besoin de la figure de Dyhia, personne d’autre ne pouvait aussi bien incarner le mouvement.

Il m’a fait un sourire d’enfant plein de rides.

–      Un peu comme Walt Disney a besoin de Mickey.

Je retrouvais enfin mon vieil ami, malicieux, chaleureux. À l’image de Dyhia. J’étais soulagé.

–      Et Tahiri, comment il a pris ça ?

J’avais posé cette question par pure curiosité. Par mécanisme, presque par politesse, pour continuer la conversation. J’étais rassuré, les mots comptaient peu, j’étais en paix. Quelques instants.

Et là, j’ai vu ses doigts, crispés comme des serres.

–      Qu’est-ce que j’en sais, moi ? Il a fermé sa gueule Tahiri. Et c’est comme ça.

Il a tiré rapidement sur sa clope avant de reprendre.

–      Les gamins, des fois, c’est mieux quand ils ferment leurs gueules.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s