Répliques

Le soir même de notre discussion, Severino m’a appelé. J’ai aussitôt regretté de lui avoir filé mon numéro.

–      Sympa votre petite interview sur les crises. Mais vous avez vu les nouvelles ? Allumez votre télé, c’est en direct.

–      Je n’ai pas la télévision, inspecteur.

–      Nouvelle manif pour la paix à Central Park, une affluence record malgré le danger, un grand moment de recueillement et d’émotions.

–      Oui, c’était annoncé. J’en suis heureux. Sans cela, la crédibilité du mouvement battait de l’aile. Qu’auriez-vous fait à leur place ?

–      C’est pas ce que je veux dire. Ce qui me frappe, c’est que tout va bien, pas de nouvelles attaques terroristes en vue.

–      Vous êtes déçu ?

Il commençait à me gonfler avec ses histoires.

–      Au contraire, ça devient justement intéressant, intriguant. Mettez-vous à la place des autorités américaines, fédérales, de l’État ou de la ville de New York, peu importe. Vous autorisez une manifestation le lendemain d’un attentat, alors que vous avez seulement une piste, le terrorisme islamiste, ainsi qu’un pauvre suspect dont vous n’êtes pas encore en mesure de communiquer l’identité ? C’est complètement irresponsable.

–      Je vois, commissaire. L’attentat a été organisé par le gouvernement américain, lui-même contrôlé par une confrérie maçonnique… Maintenant, j’aimerais pouvoir continuer à faire la cuisine, si vous le voulez bien.

–      Arrêtez de me prendre pour un idiot ! Ce que je veux dire par là, c’est simplement que les déclarations officielles ne sont pas cohérentes. Au départ, j’ai pensé que c’était parce qu’ils n’avaient aucune piste et qu’ils ne voulaient pas perdre la face. Mais c’est pas possible : dans ce cas, ils n’auraient jamais autorisé une seconde manifestation aussi vite. Ils n’ont pas eu le temps de prendre les mesures de sécurité adaptées. Vous imaginez le risque ? Donc, si j’écarte l’hypothèse du bluff pour garder bonne figure, c’est qu’ils en savent plus que ce qu’ils déclarent. Ils doivent avoir de bonnes raisons de croire que ce groupe terroriste est désorganisé ou ils doivent avoir déjà démantelé la cellule. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas avoir communiqué ?

Ensuite, si on se met à la place des organisateurs de la manifestation, il y a aussi quelque chose qui cloche. Hier, ils se font canarder, ils perdent leur chef et aujourd’hui c’est reparti. Alors, autre hypothèse…

Il s’est interrompu et puis…

–       Ouh ! Nom de Dieu ! Nom de Dieu !

Je n’aurais jamais dû coller le portable à mon oreille.

–      Qu’est-ce qui se passe ?

–      Ça a pété, c’est une nouvelle attaque ! Un mouvement de foule ! On ne comprend pas bien, c’est filmé d’en haut. Ouh ! Nom de Dieu !

Sauf que cette fois-ci, l’attentat avait échoué. Un type avait sorti un pistolet et n’avait rien pu faire. Il a tout de suite été maîtrisé par des manifestants. Plaqué à terre et désarmé. Un coup de feu était parti sans blesser personne. Severino avait raison d’être surpris, manifester à nouveau, sans garantie, c’était faire preuve d’un courage irrationnel. Et c’était justement ce qui s’était produit, le courage de ressortir, le courage d’affronter le danger. Quelque chose avait changé.

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