Témoignage

Les héros n’existent pas. Et Dyhia est devenue un héros, pourtant. En mourant. C’est difficile à comprendre, si l’on ignore ce qui s’est vraiment passé le 9 novembre.

C’est ce jour-là que tout a basculé. Les explosions, presque en direct, le chaos. Il y a un avant et un après. Ils sont importants aussi, bien sûr. Les évènements ne prennent leur ampleur que par rapport au temps long, comme des étincelles. Mais qui sait ce qu’il serait advenu, de ma vie, du Mouvement humaniste, sans cette date tragique ?

J’ai gardé le secret pendant toutes ces années. Il ne fallait pas fragiliser un équilibre si durement acquis. C’est du passé, désormais. C’est moins risqué. Notre combat appartient à l’histoire, les défis ne sont plus les mêmes. Je ne suis plus qu’un vétéran du Mouvement humaniste, un de ceux qui ont connu les Cinq crises et leur résolution, qui ont vécu le temps de Dyhia. Un deux-mille-vingtiste, comme on dit avec parfois un peu d’ironie.

Malgré le succès que nos idées ont rencontré, les erreurs que nous avons commises apparaissent clairement désormais. Peut-être que nous ne sommes plus vraiment à jour, que nous devons céder la place. À l’époque déjà, notre discours été reçu froidement, à gauche comme à droite. On tentait seulement de sortir des dogmes. Et on ne s’en est pas si mal tirés.

À chaque génération ses défis. Celle de mes parents a eu le devoir et le loisir, de tout faire péter. Par moment, ils ont confondu la liberté, le non-conformisme avec l’égoïsme, le consumérisme. Nous, nous avons dû tout reconstruire, réinventer. De façon imparfaite. Aujourd’hui, peut-être que les jeunes ont raison, il faut à nouveau tout bousculer. Même si cela me blesse. Ils commettront de toute façon des erreurs, comme nous, comme ceux d’avants. Mais il est impératif qu’ils agissent en connaissance de cause.

Je suis peut-être le dernier à savoir ce qui s’est vraiment passé le 9 novembre. Je dois raconter avant qu’il soit trop tard. Honnêtement. Je refuse d’emporter tout ça avec moi.